UNE HISTOIRE D’ORGUE

Voulez-vous un orgue ? Un téléphone matinal du responsable des services administratifs et financiers du Département de l’Instruction Publique est le point de départ de cette aventure : pourquoi ne pas répondre alors par l’affirmative ? Une fois la surprise passée et l’accord donné, les explications ont tout de même suivi !

L’instrument aurait été acheté à une vente aux enchères à Londres sur un fond accordé par un généreux mécène américain destiné(s) à promouvoir( les fonds et le mécène!) la culture américaine.

Toutes les parties constituantes de cet orgue ( plus de six tonnes de matériel comme on sait! …mais déjà gravée aux armes du Collège) aurait été stockées aux Port-Franc en attendant une décision concernant son installation: ni l’Etat, ni la Ville de Genève ne semblent avoir été pressés de se décider et de trouver un site d’accueil…

Ces quelques lignes peuvent paraître bien mystérieuses mais aucune archive ne semble porter trace de ce qui vient d’être énoncé. Une sorte de voile à moins que ce ne soit qu’un substrat de brouillards londoniens…

L’INSTALLATION

Celle-ci comporte deux volets:

1) trouver l’entreprise capable de monter cet orgue; ce sera une entreprise française qui en fut chargée: elle avait installé l’orgue de cinéma du Gaumont Palace à Paris ou en tout cas en avait supervisé l’installation en continu… et ceci après que les Travaux Publics auxquels appartient le Collège eurent modifié l’arrière-scène de l’aula pour y créer deux chambres sonores ou sonorisées que l’on visite aujourd’hui avec le plus grand intérêt.

2) il fallait conjointement à cette installation convaincre le monde claparédien des bienfaits de l’arrivée de ce monstre: celle-ci se justifiait à l’origine par la présence au sein du collège de la maturité artistique et aux exercices présupposés que l’orgue permettrait dans le domaine de l’improvisation et de sa relation avec les projections de films en collaboration avec la Cinémathèque suisse notamment, voire aussi avec d’autres activités théâtrales, activités dont on venait de supprimer les locaux dans lesquels elles se déployaient…

On pouvait aussi convaincre sans trop de difficultés les autres partenaires de la communauté scolaire en arguant de la présence d’un tel instrument dans l’approche pédagogique de plus d’une discipline d’enseignement: les références ne manquaient pas, à commencer par une histoire de l’orgue de l’antiquité à nos jours, qui, avec ses rôles très variés dévoile des aspects assez méconnus de cette présence à toutes les époques. Il y avait tout de même un contraste étonnant entre l’instrument qui accompagnait les jeux de l’amphithéâtre ä Rome et la musique d’église…et tout à coup l’orgue de cinéma!

L’EXPLOITATION

Au delà de l’installation proprement dite et des arguments développés pour justifier sa présence, le problème de son exploitation, occulté un peu facilement par des intérêts pédagogiques s’est cependant rapidement posé: un « emploi » finalement restreint…

Il y eut certes les concerts extraordinaires donnés par Guy Bovet et par les organistes anglais de la BBC qui avaient connu l’orgue du temps de sa splendeur et d’une exploitation qui ne l’était pas moins : ces artistes anglais nous ont beaucoup émus ne serait-ce que par leur âge, ils avaient presque quatre-vingt dix ans… et une connaissance extraordinaire de tous les films du temps du muet

Pour tout dire, on rejoignit très tôt les motifs qui avaient dû faire hésiter la Ville ou l’Etat quant à son installation devenue exploitation. Nous n’étions pas armés pour l’entretenir aussi régulièrement qu’il eut convenu. Il a fallu très tôt procéder à des travaux de révision très importants et faire appel à des entreprises étrangères, allemandes notamment.

RAYONNEMENT

Mais dans le même temps, la présence de cet orgue au Collège Claparède n’avait pas passé inaperçue: des revues spécialisées avaient critiqué certains milieux anglais d’avoir bradé leur patrimoine mais dans le même temps un amateur californien nous faisait parvenir un élément manquant à notre orgue: les cloches d’un troupeau de vaches suisses…

Puis nous avons accueilli des organistes de Norvège, de Suède, des Pays-Bas qui avaient entendu parlé de cet instrument: il y avait comme un « grand tour musical » en Europe dont notre orgue a dû faire partie!

L’ASSOCIATION DES AMIS DE L’ORGUE DE CINEMA

Une solution qui n’a pas pu être envisagée au départ mais qui paraît aujourd’hui la voie à suivre: elle doit avoir les moyens -et se les donner – de faire connaître cet instrument localisé dans un territoire qui n’est pas forcément facile d’accès et situé sur ce qu’il est convenu d’appeler un lieu de passage, entre la Ville de Genève et les communautés chênoises ou françaises voisines. Il y eut aussi le rêve quelque peu lancinant de se dire qu’il eût été intéressant de privilégier la présence d’un instrument comme le notre dans un site différent et l’on songeait presque toujours à l’Alhambra, une salle située en plein centre , évidemment , beaucoup plus accessible, une salle historique, témoin de la présence du septième art dans notre société et de son évolution:à l’Association des amis de l’orgue de Cinéma de relever ce défi !

Raymond JOURDAN

 

Voici une plaquette éditée à l’occasion de l’installation de l’orgue à Claparède dans laquelle vous trouverez d’intéressants détails sur son histoire.

Plaquette_Orgue_de_cinema_2012_Format_WEB

L’orgue de cinéma du collège Claparède (Wurlitzer 1937)

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES

Construit pour le cinéma Granada de Clapham Junction, Londres (UK). Démonté en 1980 puis remonté et réharmonisé à Claparède en 1982 par Bernard Dargassies (Boulogne, France). Piano restauré par Van Beeck (St-Martin, NE).

3 Claviers de 61 notes de Do1 à Do6, Pédalier de 32 notes de Do1 à Sol3

Fiche technique de l’orgue

ALAIN OTT – FACTEUR D’ORGUE

VIBRAPHONE

VAISELLE CASSEE

CLOCHES SUISSE